Dans la course au siège de sénateur des Alpes-de-Haute-Provence, deux candidats se revendiquent d’une droite dure, mais avec des statuts très différents. D’un côté, Fabrice Durnerin, candidat UDR soutenu par le RN, adossé à un appareil partisan structuré. De l’autre, Stéphane Durbec, ancien conseiller régional Front National, qui se présente désormais en indépendant. Deux profils très inégaux en réalité, qui ne s’adressent pas nécessairement au même électorat.
Durnerin : l’alliance UDR-RN en ordre de marche
Dans un communiqué diffusé le 31 juillet, Fabrice Durnerin, figure locale de l’UDR (le parti fondé par Éric Ciotti), a annoncé sa candidature aux sénatoriales du 27 septembre 2026 dans les Alpes-de-Haute-Provence. Sa suppléante : Aurélie Abeille, conseillère municipale de Peyruis.
Ce choix confirme l’ancrage du duo dans la mouvance RN. Aurélie Abeille avait été candidate RN aux législatives de 2022 dans la 2e circonscription, où elle avait recueilli plus de 23% des voix au premier tour. Elle est aujourd’hui l’assistante parlementaire locale de Christian Girard, député RN de la 1re circonscription. Fait notable : Fabrice Durnerin avait lui-même été suppléant de Sophie Vaginay (UDR) aux législatives de 2024, avant de porter à son tour une candidature.
Contrairement à Stéphane Durbec, Fabrice Durnerin bénéficie d’un double appui, celui de l’UDR et, de fait, celui du RN local, dont sa suppléante est une collaboratrice directe. Un ancrage partisan qui lui donne un avantage structurel dans la mobilisation des grands électeurs, bien au-delà du seul affichage programmatique.
Dans leur communiqué, le duo met en avant des priorités classiques du scrutin sénatorial : défense de la ruralité, lutte contre les déserts médicaux, simplification des normes administratives, maintien des services publics de proximité.
Durbec : d’ex-FN à l’épisode Reconquête, une trajectoire mouvementée
Face à lui, un profil venu du même bord mais qui a pris ses distances avec l’appareil partisan, et qui se présente sans le soutien d’aucune formation politique. Stéphane Durbec, 55 ans, conseiller municipal d’opposition à Céreste, ancien militaire et ancien conseiller régional Front National, proche de Jean-Marie Le Pen, s’est déclaré candidat « indépendant » au début de l’été.
Son parcours politique récent est marqué par un engagement remarqué dans la campagne présidentielle d’Éric Zemmour, pour laquelle il aurait recueilli un nombre important de parrainages d’élus, selon une source interne au mouvement. Toujours selon cette même source, il se serait ensuite brouillé avec une partie des dirigeants de Reconquête. Ni Stéphane Durbec ni le parti n’ont pour l’heure confirmé publiquement les circonstances exactes de cette rupture.
Sur les raisons de sa candidature aux sénatoriales, il évoque un sentiment d’abandon des élus locaux, citant l’exemple d’une sollicitation restée sans réponse auprès du sénateur sortant sur l’obligation de débroussaillement, un sujet qu’il relie directement à la sécurité des habitants. Il se définit comme « candidat de droite », sans étiquette partisane, et devra convaincre seul les quelque 890 grands électeurs du département, sans réseau militant organisé derrière lui.
Sur le fond, les deux hommes ne parlent pas nécessairement au même électorat. Durnerin incarne la ligne RN structurée, adossée à un parti et à ses relais. Durbec, lui, se positionne davantage sur un créneau de droite nationale conservatrice et libérale, détachée des partis, susceptible de séduire des grands électeurs réticents à l’étiquette RN mais sensibles à un discours sécuritaire et identitaire. Deux offres distinctes, donc, plus qu’une simple concurrence frontale au sein d’un même camp.
Trois autres candidats dans la course
Le paysage sénatorial ne se limite pas à ces deux candidatures. Jean-Yves Roux, sénateur sortant depuis 2014 et réélu dès le premier tour en 2020 avec plus de 65% des suffrages, brigue un troisième mandat sous les couleurs du Parti radical de gauche.
Stéphanie Colombero, vice-présidente du conseil départemental et élue Les Républicains, a également déclaré sa candidature, présentée comme le prolongement de son engagement d’élue locale.
La France insoumise, de son côté, a désigné son binôme fin juillet : Marianne Mougey, maraîchère et conseillère municipale de Thoard, associée à Maxime Mazi, responsable dans une biscuiterie-chocolaterie à Volx. Le mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon affiche l’ambition de faire son entrée à la Chambre haute et défend notamment l’indexation de la dotation globale de fonctionnement sur l’inflation.
Un scrutin à enjeux concrets pour les communes
Le sénateur est élu par les grands élus du département (conseillers municipaux, départementaux et régionaux), et non au suffrage universel direct. Son rôle : voter la loi, contrôler l’action du gouvernement, et surtout défendre les intérêts des collectivités territoriales, dont le Sénat est constitutionnellement le représentant. Dotations, normes, aménagement du territoire : les décisions prises à la Chambre haute pèsent directement sur le quotidien des petites communes rurales.
Au final, c’est tout l’échiquier politique, de la gauche à la droite, en passant par les non-inscrits, qui se retrouve représenté dans cette élection sénatoriale. Un signe de vitalité démocratique qui permettra aux 890 grands électeurs du département de voter selon leurs convictions, et surtout selon ce qu’ils jugeront le plus utile pour leur territoire. Réponse le 27 septembre.

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