CE DESSINATEUR DIGNOIS AVAIT UN TALENT FOU. PERSONNE NE LE CONNAÎT.

Trouvée dans une boîte à livres du centre-ville, une copie de ce dessin à l’encre nous est arrivée dans un piteux état : les traits presque effacés, l’encre passée par les années. Après un travail de restauration minutieux, la vue qu’elle révèle a de quoi surprendre : un panorama saisissant de Digne-les-Bains depuis la place du Général-de-Gaulle, avec en arrière-plan la cathédrale Saint-Jérôme. Dans le cartouche, en bas à droite, une dédicace se laisse lire : « Digne, à Négrin Franck, Papa Daniel, 1980. » Un père dignois offrait ainsi, voici quarante-six ans, le portrait de sa ville à son fils. Nous lançons un appel : si vous connaissez la famille Négrin, aidez-nous à faire connaître ce dessinateur qui mérite de sortir de l’ombre.

C’est dans une boîte à livres du centre-ville que notre rédaction est tombée sur cette copie, glissée sans autre indication parmi les romans. L’état du papier ne présageait rien de bon : l’encre était largement passée, certaines zones à peine visibles. Il a fallu plusieurs heures de travail, contraste rehaussé, nettoyage, reconstitution des traits effacés, pour redonner au dessin une lisibilité digne de ce nom. Le résultat, que nous partageons aujourd’hui, permet enfin d’apprécier ce que nous avions découvert : à l’encre noire, rehaussé de quelques lavis, un panorama entier de la vieille ville de Digne-les-Bains prend forme, vu en légère plongée depuis la place du Général-de-Gaulle.

UNE VUE CAVALIÈRE DEPUIS LA PLACE DU GÉNÉRAL-DE-GAULLE

Au premier plan, la place elle-même, avec son arbre, ses façades et, sur la droite, une statue perchée sur son piédestal : celle de Pierre Gassendi, le savant dignois du XVIIe siècle. Au second plan, les toits de tuiles se superposent jusqu’à un clocher orné d’une lanterne et d’une horloge à deux cadrans : celui de la cathédrale Saint-Jérôme, qui domine le centre ancien, avant que la montagne ne referme la composition en arrière-plan. Ce point de vue, une « vue cavalière » en légère plongée, est un exercice classique du dessin d’architecture urbaine : il oblige à tenir ensemble, sur une seule feuille, la topographie, la densité du bâti et l’échelle humaine de la place.

Nous avons pris le temps de comparer la structure des façades et l’implantation des toitures avec la configuration du centre ancien. Aucune licence artistique flagrante ne saute aux yeux : l’organisation des îlots, la position du clocher par rapport à la place, l’inclinaison des toits collent à la réalité du terrain. Ce dessin n’est donc pas seulement une jolie vue d’artiste, c’est aussi un témoignage fidèle de ce à quoi ressemblait le cœur de Digne-les-Bains au tout début des années 1980.

UN DÉTAIL QUI DONNE DE LA VALEUR AU DESSIN

Ce dessin acquiert d’ailleurs un intérêt patrimonial inattendu. La statue de Pierre Gassendi, installée sur la place dès le XIXe siècle, a été retirée en 1988 pour permettre la construction du parking souterain, avant d’être réinstallée la même année. Le dessin original de Daniel Négrin, daté de 1980, fige donc la place telle qu’elle existait avant ces travaux, huit ans avant que sa physionomie ne soit temporairement bouleversée. Un instantané de plus en plus rare.

Sur le plan graphique, et même à travers cette copie longtemps abîmée, le trait est nerveux, rapide, mais maîtrisé : les hachures croisées structurent les ombres portées sans jamais alourdir le dessin, les nuages sont posés par quelques traits ondulés, et la végétation du premier plan est rendue par une accumulation de petits traits qui donne du volume sans détail superflu. C’est le travail d’une main exercée, probablement familière du dessin d’architecture ou de la pratique amateur de longue date. Rien, dans la maîtrise du geste, ne trahit un simple passe-temps du dimanche.

QUI ÉTAIT DANIEL NÉGRIN ?

C’est là que notre enquête s’arrête, faute d’éléments. Malgré nos recherches, aucune trace publique de ce Daniel Négrin, ni de son activité de dessinateur, n’a pu être retrouvée à ce jour. Était-il un professionnel du bâtiment, un enseignant, un amateur passionné ayant grandi ou vécu à Digne-les-Bains ? La dédicace, elle, ne laisse aucun doute sur l’intention : un père transmettant à son fils Franck une image de leur ville, en 1980.

Ce que nous savons, en revanche, c’est la valeur de ce document : une image fidèle du Digne du début des années 1980, doublée d’un geste familial qui mérite d’être raconté. Si vous êtes un proche ou un membre de la famille Négrin, si le prénom Franck vous dit quelque chose, ou si vous avez simplement connu ce dessinateur, nous serions heureux de recueillir votre témoignage. Ce serait la meilleure façon de rendre hommage à un talent resté, jusqu’ici, dans l’ombre.

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