Le 24 mars 2015, le vol Germanwings 4U9525 s’écrasait sur les hauteurs de Prads-Haute-Bléone, à quelques kilomètres de Digne-les-Bains. 150 personnes y perdaient la vie, victimes d’un geste délibéré du copilote Andreas Lubitz. Onze ans plus tard, le drame qui a marqué notre territoire revient devant la justice allemande, où trente familles endeuillées s’apprêtent à affronter l’État fédéral.
Digne et Prads-Haute-Bléone, terre de mémoire malgré elle
Pour les habitants du bassin dignois, ce drame n’est pas une actualité lointaine. C’est ici, sur les hauteurs escarpées du massif des Trois-Évêchés, que l’appareil s’est disloqué à 700 km/h. Les secours locaux, les gendarmes, les pompiers et les élus du territoire ont été mobilisés dans les jours et semaines qui ont suivi, confrontés à l’ampleur inédite d’une catastrophe aérienne en pleine montagne.
Une stèle a depuis été installée sur le site pour honorer la mémoire des 150 victimes, devenue un lieu de recueillement pour les familles venues du monde entier. Chaque année, la date du 24 mars ravive ce souvenir douloureux, gravé dans l’histoire récente du département.
Ce nouveau procès, même s’il se tient à des milliers de kilomètres de Digne-les-Bains, ramène nécessairement le sujet sur le devant de la scène locale. Il rappelle que, pour les familles, la page n’est toujours pas tournée, et que le territoire qui a vu s’écraser cet avion reste, malgré lui, dépositaire d’une mémoire qu’aucune décision de justice n’a encore permis d’apaiser complètement.
Un nouveau procès pour établir une responsabilité d’État
Trente proches de victimes du crash ont engagé une procédure devant le tribunal de Brunswick, en Basse-Saxe, contre la République fédérale d’Allemagne. L’audience est fixée au 28 août prochain. Selon la presse allemande (Bild, Berliner Zeitung, 20 Minuten), les plaignants réclament des dommages et intérêts pouvant atteindre 110 000 euros par personne.
Leur reproche vise directement l’Office fédéral allemand de l’aviation civile (Luftfahrt-Bundesamt), basé à Brunswick, qu’ils accusent de ne pas avoir suffisamment surveillé l’aptitude médicale d’Andreas Lubitz. Le copilote souffrait de troubles dépressifs et de psychoses qu’il avait dissimulés à son employeur, de peur de perdre sa licence de pilote. La procédure s’appuie sur l’article 839 du Code civil allemand, relatif à la responsabilité administrative de l’État.
Une responsabilité qui se renvoie depuis onze ans
Ce nouveau round judiciaire n’est pas le premier. En 2020, une partie des familles avait déjà attaqué Lufthansa, maison mère de Germanwings, devant le tribunal d’Essen. Sans succès : les juges avaient alors estimé que le contrôle de l’aptitude médicale des pilotes relevait de l’État, et non de la compagnie aérienne.
Aujourd’hui, c’est donc précisément cette responsabilité étatique qui est testée devant la justice. Mais le tribunal de Brunswick a d’ores et déjà exprimé des doutes sur les chances de succès de la plainte, estimant qu’une autre entité (en l’occurrence Lufthansa elle-même) pourrait être considérée comme responsable. Un renvoi de balle juridique qui illustre, onze ans après le drame, la difficulté à obtenir une reconnaissance claire de responsabilité au-delà de celle, individuelle, du copilote.
Les familles avaient déjà perçu 11,2 millions d’euros de compensations directes versées par Lufthansa. Elles estiment ces indemnisations insuffisantes au regard de l’ampleur de la catastrophe et de ce qu’elles considèrent comme des défaillances de contrôle non assumées.
Une audience attendue fin août
L’audience du 28 août au tribunal de Brunswick ne rendra pas nécessairement un jugement définitif immédiat, mais elle marquera une étape importante dans ce contentieux qui dure depuis plus d’une décennie. Quelle que soit son issue, elle ne changera rien à la douleur du territoire des Alpes-de-Haute-Provence, mais elle pourrait, pour la première fois, établir plus clairement où s’arrêtent les responsabilités individuelles et où commencent celles des institutions.



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